De la perversion des punaises de lit

Tournez la tête à droite et regardez la personne assise à côté de vous. Bien. Faites à présent de même avec les individus se situant à gauche, devant et derrière vous. Vous les avez bien regardés ? De quelle couleur sont leurs cheveux, ont-ils des lunettes, à quoi ressemble leur sac et comment sont-ils habillés ?

Ces maigres indices ne vous permettent en aucun cas de deviner qui ils sont. Et mêmes s’ils sont des amis proches, sans doute ignorez-vous une grande partie de leur vie nocturne et de leurs fantasmes, n’est-ce pas ? Mais s’il y a une chose que je peux vous assurer à leur propos et ce, sans même les avoir vus, c’est que leur sexualité n’égale pas la perversion de celle des punaises de lit.

La punaise de lit (ou « Cimex lectularius » dans la langue du cantus), est probablement l’espèce animale aux mœurs sexuelles les plus douteuses. (Entre nous, je pense que Rocco Siffredi était punaise de lit dans une vie antérieure.)

Plus actives que Dr Love (désolée mon vieux), les punaises de lit copulent sans arrêt. Les mâles souffrent en effet de priapisme : leurs pénis restent en érection, même s’ils ne sont pas stimulés. (Je te vois admiratif, dans le fond et je comprends qu’avec tes deux minutes trente de record perso, tu ne fasses pas le malin !) Certaines de ces bestioles cumulent d’ailleurs jusqu’à deux centaines de rapports par jour !

La société punaise ne souffre pas d’homophobie ou de xénophobie. Ces insectes sont même extrêmement tolérants : les mâles ont toutes les difficultés du monde à distinguer leurs congénères des autres insectes et encore plus de mal à reconnaître les femelles au sein même de leur espèce. Il leur arrive donc très fréquemment de se tromper et d’avoir des rapports sexuels avec des mâles (un rapport sur deux, en fait) ou même avec d’autres insectes (20%). Seuls 30% de leurs rapports ont lieu avec des femelles.

Mais le meilleur reste à venir ! Les mâles de cette délicieuse espèce sont munis d’un sexe perforateur, à l’aide duquel ils fécondent les femelles (quand ils ont de la chance !) n’importe où : que ce soit au bon endroit où dans le dos, dans les pattes, dans la tête ou même dans le cœur de leurs promises, ils s’en foutent, pourvu que ça féconde ! (Les droits de la femme ne sont pas exactement une priorité chez les punaises…)

Ces observations m’amènent à une conclusion qui pourrait bien changer la face du monde (mégalomanie est mon deuxième prénom) : en réalité, on ne nous a pas menti, la Vierge Marie n’est pas une fable, c’était juste une punaise de lit ! En effet, une punaise de lit peut très bien tomber enceinte et être parfaitement vierge si un mâle indélicat a jugé bon de lui injecter son sperme dans le dos, par exemple. (Quant à l’espèce de Jésus, sincèrement, je ne m’avancerai pas sur ce terrain glissant…)

Tu as beau ne pas avoir subi le cours de biologie de première médecine, une question te taraude : comment les spermatozoïdes qui ont été injectés dans la tête, dans le dos ou dans les pattes d’une femelle survivent-ils et parviennent-ils à atteindre les ovules ? A vrai dire, il semblerait que la semence soit aussi tordue que ceux auxquels elle appartient : si une grande partie est éliminée par le système immunitaire de la punaise, les spermatozoïdes rescapés passent l’hiver planqués dans les recoins de la femelle et, le printemps venu, rejoignent les ovaires en perforant tout sur leur passage.

Fait intéressant, les mâles se sont adaptés à leur manque d’adresse et, afin de multiplier leurs chances de fécondations, éjaculent des quantités phénoménales de sperme. Histoire de comparer, si les punaises de lit avaient ta taille, fier solvaysien, elles éjaculeraient près de trente litres de sperme !

A ce stade, si tu n’as pas encore vomi tes cornflakes, j’ai le regret de t’annoncer que le calvaire ne s’arrête pas là. A force d’être transpercées de partout, les femelles sont couvertes de cicatrices prenant la forme de fentes brunes auréolées de zones plus claires ressemblant à s’y méprendre à des cibles. A force de mutations, les femelles naissent avec ces cibles sur le dos qui sont devenues de véritables vagins secondaires, reliés au sexe principal. Cesse de fantasmer sur d’éventuels gang bang et concentre toi un peu, j’ai encore des choses à t’apprendre !

On rencontre également fréquemment un phénomène que l’on pourrait nommer « auto cocufiage » : si un mâle est fécondé par un autre mâle, les spermatozoïdes foncent vers les ovaires et, n’en trouvant pas, ils se mêlent à la semence du mâle perforé. Si celui-ci parvient à féconder une femelle, il lui injectera non seulement ses spermatozoïdes mais également ceux du mâle avec qui il a entretenu des rapports homosexuels. Du coup, les mâles ont, eux aussi, muté. En Afrique, on rencontre une espèce nommée « Afrocimex constrictus » dont les mâles naissent avec des petits vagins secondaires sur le dos. Ceux-ci ne sont cependant pas féconds. Sont-ils là pour décorer, déculpabiliser les mâles d’avoir confondu d’autres mâles avec des femelles (“Je me suis trompé de trou”) (C’est ce qu’il me disait encore hier soir.) ou encore pour encourager les rapports homosexuels, nul ne sait.

Enfin (et le meilleur est toujours pour la fin !), certains mâles tropicaux (les « Antochorides scolopelliens ») possèdent des “sexes-canons” (oui, je sais, moi aussi j’ai ri.). Leur canal spermatique forme un gros tube épais, roulé en colimaçon, dans lequel le liquide séminal est comprimé. Le sperme est propulsé à grande vitesse par des muscles spéciaux qui l’expulsent hors du corps. Ainsi lorsqu’un mâle aperçoit une femelle à quelques centimètres de lui, il vise de son pénis les cibles vagins dans le dos de la donzelle. Le jet fend alors les airs et la puissance de feu est telle que le sperme parvient à transpercer la carapace, plus fine en ces endroits.

Tu en sais désormais plus sur la vie sexuelle abominable et écœurante des punaises de lit. La prochaine fois, je te parlerai des différents types de fétichisme. Je sais, tu as hâte.

La conclusion est qu’il n’y en a pas, si ce n’est que si les voies du seigneur sont impénétrables, ce n’est absolument pas le cas pour celles des punaises de lit…

Ta très dévouée,
Résille

POUR CET ARTICLE BRILLANT, OUTRE MON PAPA ET MA MAMAN, JE TIENS À REMERCIER BERNARD WERBER, DONT J’AI SUCÉ (WAIT FOR IT) LE SAVOIR DANS L’ENCYCLOPÉDIE DU SAVOIR RELATIF ET ABSOLU, TOME II.

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