Captivité

Pour Basil

Le noir. Le vide. Le froid. Le silence, surtout.

Un geste, un cliquetis. Des chaînes ?

Une douleur dans les poignets. L’entrave.

Les yeux qui papillonnent les cils qui s’écarquillent et rien, trop de rien qui atteint la cornée. Du sombre, pas d’ombres. Les ombres, c’est quand il y a de la lumière quelque part. Là il n’y a rien. Que du noir. Que du vide. Que des ténèbres. Du néant qui vous bouffe, vous aspire, vous suce sans vous donner le droit à la parole, sans vous laisser vous défendre. La peur. Que va-t-il se passer ? L’attente. Les tremblements que vous êtes incapable de maîtriser. Votre cœur qui se recroqueville et votre corps qui se serre. Vos pensées qui tournent en rond et vos mots qui se mélangent, s’emmêlent, se brisent les uns contre les autres pour vous laisser finalement muet. Après la voix, les mots.

Et puis un grincement. Et une lumière, soudaine, violente. Tellement vive qu’elle aveugle aussi efficacement que le noir. Vos yeux qui se ferment, qui cherchent l’obscurité après avoir cherché la lumière. Un cri rauque. Des cordes vocales qui ne sont plus habituées à émettre le moindre son. Un choc sourd, devant. Un corps qui heurte le sol ? Une tête qui cogne durement les dalles de béton ? Les yeux qui pleurent, la lumière est trop vive encore. Un mouvement de protection, la tête qui pivote, les genoux qui remontent. Comme un geste désespéré pour ne pas voir après l’avoir tant voulu. Retrouver ce noir, qu’il revienne, reposant. Et le silence.

Tout sauf cet atroce bruit de chaîne entrecoupé de gémissement. Quelqu’un qu’on attache sur la droite ? Un nouveau cri. De rage. De douleur. Et les frissons, les poils qui se dressent sur le corps. La peur. Le raclement des chaussures sur le sol, les protestations affaiblies. La chair meurtrie par l’attente.

Attente qui se mue en impatience pour finir en prière : être laissé en paix. Peu importe la douleur, la faim ou le froid. Ou ce vide qui transperce la peau et pénètre les os avec une facilité déconcertante. Cette humidité qui rode. Peu importe la compagnie ou la solitude, pourvu que le noir revienne. Réconfortant finalement.

Et à nouveau le noir. Revenu après un grincement, ces horribles raclements de pieds sur le sol et un claquement sec. Une clenche que l’on tourne, vite, fort, peut-être pour vérifier que la porte à laquelle elle appartient est bien fermée. Une poussée sur la porte. Elle ne bouge pas. Elle émet un craquement étouffé.

Et enfin le silence. Un léger mouvement, pour que les poignets soient moins vrillés par la douleur. Le silence revient. Sourd, engourdissant après tout ce bruit piquant, pointu. Les yeux qui se ferment, apaisés. Le rythme cardiaque qui diminue, doucement, comme pour plonger le corps en hibernation.

Le froid qui prend ses quartiers dans tout le corps et même le souffle de l’autre qui envahit la pièce ne parvient plus à distraire. Il doit dormir. A partir d’un certain seuil, la douleur anesthésie, endort. Le corps se protège comme il le peut, cherche des issues où il le peut. A nouveau seul. Le corps semble vouloir se défendre aussi. Il s’épuise à lutter, les yeux s’ouvrent et se ferment, le visage s’affaisse doucement. Le ventre gargouille. La faim frappe l’estomac, encore et encore. Martèle, finit par s’oublier elle-même parce que l’engourdissement est le plus fort. La pression artérielle diminue toujours et le corps s’endort de plus en plus. L’esprit est de moins en moins vaillant. Il perd du terrain sur le corps. De toute façon, il ne sert plus à rien.

Et la douleur dans les poignets élance doucement, lentement. Appuie avec une conviction perdue. Jouant une marche funèbre excessivement lente. Comme elle est douce, cette musique là… Elle va, doucement, se répandant dans tout le corps, se faisant le héraut de la défaite.

Et le corps s’abandonne.

Il n’y a plus que l’oubli.

Ou alors la mort ?

Captivité.

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