C’est le vent qui m’a dit

Pour Rukya

Cela fait huit jours que maman est morte. Quatre qu’a eut lieu l’enterrement. Cela ne m’a pas soulagé. Cela fait quatre jours que je me tourne et me retourne au fond de mon lit. C’est plus fort que moi, je n’arrive pas à dépasser. Je n’arrive même pas à imaginer qu’elle ne… Que plus jamais… Que… Ah, merde, voilà, je pleure encore. Pourquoi ces putains de larmes coulent toutes seules ?! J’y arrive pas. Merde, maman… T’es où ? Pourquoi tu… Pourquoi t’es partie ?!

Il est cinq heure huit, la nuit est plus noire qu’elle ne l’a jamais été, il me semble. La lune est absente. Comme si elle avait disparu en même temps que toi, maman. J’ai peur tout seul, tu sais ? Moi, j’ai souvent pensé que tu n’aurais jamais du me mettre au monde, que je te détestais, que je serais mieux sans toi mais… Mais je regrette, tu vois ? Est-ce que tu me pardonneras, quand tu reviendras ? Reviendras-tu seulement ? Maman… Pourquoi t’es partie, hein ? Pourquoi tu nous as laissés, moi et papa ?

Tu sais, depuis que tu n’es plus là, papa, il n’a pas arrêté de boire. Papa, il est dans le salon, il boit. C’est tout. Il ne répond plus au téléphone, il ne fait plus à manger. Mais il boit. Trop. Beaucoup. Peut-être pas assez pour remplacer les larmes qui roulent sur ses joues ? Merde, maman, tu fais chier, qu’est-ce que t’as eu, au juste ? Qu’est-ce qui t’as prit ? On peut savoir de quel droit t’es partie ?

Il est cinq heure vingt-deux et je n’arrive toujours pas à dormir. Je sais bien que papa non plus. Mais en fait, je m’en fiche ! Moi, je voudrais que ça soit lui qui soit mort, moi, je voudrais que tu reviennes ! Merde, merde et encore merde, pourquoi t’as disparu ? Tu nous aimais plus ? Tu m’aimais plus, moi ? Ah… Ah merde, non, je vois pas ! T’avais pas le droit, c’est tout !

Sans bruit, je me glisse hors de mes draps. Je sais pas trop pourquoi, mais là, j’ai envie d’aller dans le jardin. Sur cette balancelle que tu aimais tant, sous ce porche où on passait des heures tous les deux. Rien qu’à deux. Sans parler, comme ça, juste toi et moi. J’aimais bien me balancer, la tête sur tes genoux, tu sais ? Ca faisait longtemps… Je me sentais bien trop grand pour tout ça, depuis quelques années. C’est bête mais là, maintenant, tout de suite, je donnerais n’importe quoi pour revenir à ça.

Je sors, dans le silence de la nuit. Il fait chaud. Etouffant, même. L’air est très humide. Avant, j’adorais l’été. Avant. Papa ne m’a probablement pas entendu fermer la porte. Il n’entend même plus quand je m’adresse directement à lui, de toute façon. Doucement, je marche dans l’herbe humide de rosée, j’ai chaud, tellement chaud… J’enlève le haut de mon pyjama. Tu détestais quand je faisais ça, maman. Ca me fait sourire, d’ailleurs, de repenser à ta moue fâchée. Tout aussi lentement, avec un drôle de respect, je m’installe.

Je me balance silencieusement, pourquoi ces putains de glandes lacrymales ne sont toujours pas asséchées ? Je relève les yeux. Tiens, il n’y a plus de nuages, toutes les étoiles sont là… Il y en a une qui brille plus que les autres, c’est toi, dis ? Elles disparaissent les une après les autres, ces étoiles. Il n’y a que toi qui restes. Juste un peu plus longtemps. Finalement, tu t’effaces aussi. Donc, cette fois aussi, tu t’en vas ? Pourquoi tu m’abandonnes à chaque fois ?

Le jour filtre. Je n’ai pas envie qu’il se lève. Je voudrais rester caché dans la confidence, la tiédeur sombre de la nuit. Le temps que mes larmes cessent. Je ne veux pas qu’on me voie pleurer. Mais je ne peux pas m’arrêter encore. Ca fait trop mal. Les premiers rayons du soleil apparaissent, filtrent à l’est.

Et là, je ne sais pas. Tout d’un coup, comme ça, je ne pleure plus. Mes joues se sèchent aux rayons, elles se réchauffent à leur douce chaleur. Plus rien ne semble les alimenter. Je ne me sens même plus… Triste ? Pourquoi… ? Maman ? Tu es… Où es-tu ? Pourquoi je n’ai plus aussi mal ? Pourquoi est-ce que…

Non, laisse, ne répond pas, je sais. Doucement, petit à petit, le vent qui s’est levé a soufflé sur mon chagrin et m’a insufflé une drôle de certitude… Les choses iront mieux, bientôt. Je ne sais pas quand, je ne sais pas comment, mais ça ira mieux.

Merci d’avoir été là, maman. Moi aussi je t’aime.

Merci d’avoir confié ton message au vent, je l’ai bien reçu, j’ai compris. Ne t’en fais pas, je m’occuperai de papa. Ca ira.

Oui… Ca ira.

Une dernière larme roula sur sa joue et, ébloui par les rayons du soleil, il se leva et courut vers la maison. A cet instant là, un espoir absolument démesuré l’habitait. Ca ira mieux. Ca finit toujours par aller mieux. Bien sûr, il aurait du le comprendre plus tôt !

« Allez, viens, papa ! Le vent m’a dit que maman voulait qu’on aille se promener dans le parc, aujourd’hui ! Allez, dépêche toi, habille-toi, on va être en retard pour le petit déjeuner, sinon ! »

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