Sean

Pour Gen-chan – 20.05.06

Sean est un personnage qui appartient à Gen-chan, je n’ai donc (à part le temps de cette fiction), aucun droit sur lui. (Dommage <3)

Sean remonta la fermeture de son blouson en cuir, il faisait froid ce soir. Il glissa la main droite dans sa poche et en sortit une clé qu’il fit sauter dans sa main, jouant avec, s’amusant à la laisser tomber et à la rattraper juste avant qu’elle ne soit hors d’atteinte et qu’elle ne touche le sol. Il cessa lorsqu’il parvint à hauteur de sa moto, il la regarda avec amour et l’ombre d’un sourire fila sur ses lèvres.

Il enjamba l’engin et s’assit, savourant la sensation déjà grisante qu’il lui procurait toujours. Il enfonça la clé dans le démarreur et mit le moteur en marche. Le faisant chauffer, il frissonna, ce qui lui arrivait rarement et était, en général, un avertissement relativement sérieux sur les événements qui allaient arriver. Cependant, il n’y prêta pas attention: la nuit était froide et lui même un peu embrumé par l’alcool qu’il avait bu ce soir là.

Le père de Sean était le genre snob et dédaigneux milliardaire qui considérait son fils comme un objet à exhiber, une oeuvre d’art qui devait toujours tout faire parfaitement et selon les plus strictes règles de convenances afin de ne choquer nulle personne par quelque chose qui ne soit bénéfique. Seulement Sean n’était pas le genre de fils qui obéit aux moindres désirs de ses parents comme s’ils étaient des ordres et cela faisait bien longtemps qu’il s’appliquait à faire exactement le contraire de ce que son père attendait de lui. Il n’en faisait pas assez pour se corrompre, entendons-nous dès le début de cette histoire, la suite vous le prouvera; il était au contraire, malgré un léger penchant pour l’alcool et les jolies femmes, le genre à voler au secours des âmes en détresse. Une sorte de héros, dirait-on.

Ce soir-là, il avait donc absorbé pas mal d’alcool et n’y avait pas été de main morte en ce qui concernait le côté drague de l’affaire, bien au contraire. Il avait dans sa poche gauche une série de numéros qu’il ressortirait en temps voulu, s’il en avait l’envie. Un soir ou l’autre, il se sentirait seul, c’était certain, alors, ces numéros de portables lui seraient bien utiles. A lui ainsi qu’à la réputation de son père, pourquoi pas; il y songerait un autre soir.

Il devait être quatre heures du matin, soit extrêmement tôt par rapport à ses horaires habituels, comme s’en était étonné l’un de ses amis. Ca et le fait qu’il ne ramène personne avec lui. Mais Sean avait simplement une envie de solitude. Il souhaitait se retrouver seul sur l’autoroute, roulant bien plus vite que de raison. Il fit rugir le moteur, l’imperceptible sourire se réinvita l’espace d’une seconde lorsqu’il entendit le ronronnement si familièrement puissant et roula en direction de l’autoroute.

Il y monta quelques instants plus tard et accéléra encore, perdant peu à peu pied avec la réalité, uniquement concentré sur la route, sur le vent qui lui piquait la peau et gelait ses cheveux, oubliant même de penser, l’espace de quelques minutes. Oubliant les peurs qu’il n’avait pas et les rêves qu’il n’avait plus. Un jour, peut-être sa vie deviendrait-elle intéressante.

Un des nombreux psychologues qui s’étaient penchés sur son cas – sa mère était très friande de psychologues : lorsqu’elle ne trouvait pas de réponse à un problème, elle faisait appel à l’un d’eux; ils étaient tellement brillants… – avaient conclu que le plus grand traumatisme de sa vie était d’être le meilleur en tout.

Cela avait fait rire Sean qui se fichait pas mal d’être bon ou pas, il l’était, c’était tout. Il n’avait en effet jamais réellement dévié du droit chemin, il menait des études brillantes – bien qu’il songeait fortement à les arrêter pour se lancer à plein temps dans la musique -, avait toujours un succès fou auprès des filles – cela devait provenir de son caractère très froid et distant, mystérieux, qui excitait leur curiosité -, une capacité à retomber sur ses pieds peu importe la difficulté qui se présentait et un esprit extrêmement aiguisé.

Il y avait néanmoins autre chose dans le vie de Sean. Tout le monde possède, dans sa vie, quelque chose sur lequel il n’a aucun contrôle. Le point d’interrogation qui peut faire balancer tout ses actes, sans qu’il puisse savoir par avance comment il se comportera. Son inconnue à lui, son x, c’était cette étrange capacité qu’il avait depuis tellement longtemps qu’il ne savait plus bien comment cela avait commencé. Sean était capable de maîtriser l’eau, peu importe son état.

Et c’est en général ce qui a le don de vous compliquer une vie.

Ce soir-là, donc – ce matin-là serait peut-être plus approprié, après tout -, il roulait – trop vite – sur l’autoroute. Il tourna légèrement le regard vers la gauche et repéra la sortie qu’il devait emprunter pour rentrer chez lui. Il la dépassa allègrement et prit la suivante. Il ralentit l’allure, l’aiguille de son compteur descendit à quatre-vingt-dix et il tourna dans une ruelle mal éclairée. Sean avait, à cet instant, besoin d’aventure et son drôle de sixième sens lui avait indiqué d’un frisson qu’il en trouverait là-bas.

Il décèlera, freina encore et coupa le moteur, glissant la clé dans sa poche.

La jeune fille hurla. Elle savait bien que rentrer à pied seule par ce chemin là était la chose la plus stupide qu’elle avait à faire. Elle le savait mais de toutes façons, d’une certaine manière, ça l’éclatait de faire des trucs un peu stupides. Sauf que ça n’était pas un peu stupide; c’était carrément dangereux. Elle se promit de consulter son dictionnaire pour apprendre les définitions de stupide et de dangereux par coeur, si elle s’en sortait.

Elle avait sentit qu’on la suivait depuis plusieurs rues, elle avait allongé le pas mais celui qui s’attachait au sien ne semblait pas l’entendre de cette oreille. Aussi avait-elle fini par paniquer; ne sachant que faire. Le suiveur avait attendu qu’elle pénètre dans une allée très mal éclairée pour poser sa main sur son épaule et la forcer à se retourner. C’est à cet instant-là qu’elle avait hurlé. Ou peut-être était-ce lorsqu’elle avait vu l’éclat de la lame qu’il tenait dans sa main gauche ?

Sean entendit le cri et tourna sur lui-même, se dirigeant à gauche plutôt qu’à droite. Un peu d’exercice lui ferait du bien. Il n’eut pas à attendre bien longtemps avant de les voir, juste à l’instant où une sorte de jappement étouffé se glissait hors des lèvres de la jeune fille qui se faisait étrangler. Elle tentait de se libérer, donnant des coups dans le vide, sans résultat.

Sean se racla la gorge.

Tout alla très vite, l’autre homme lâcha la jeune fille qui tenta de reprendre son souffle. Sean vit qu’elle était blonde, jolie et âgée, tout au plus, d’une vingtaine d’années. Il n’eut pas le temps de pousser son observation plus loin; il se sentit projeté en arrière. Il se rétablit en un instant et décocha un clin d’oeil à la jeune femme qui le regardait, étonnée.

“T’es qui toi ?”

Le changement ne demandait rien de plus pour s’opérer en Sean; il porta son attention sur l’agresseur, le détailla rapidement: il était grand, robuste et musclé comme un lutteur professionnel. Sean se rendit compte qu’il ne pourrait pas le battre seul lorsque l’homme fonça une nouvelle fois vers lui.

Heureusement qu’il ne l’était pas. Il esquiva l’attaque et tendit une main vers une bouche d’incendie qui avait miraculeusement survécu au délabrement des lieux. L’eau répondit au quart de tour, fit exploser la bouche et se tordit en direction de l’homme qui recula, impressionné par ce gigantesque serpent surréaliste. Il articula, sans le quitter des yeux, sur un ton radicalement différent de l’air provocateur qu’il avait employé quelques minutes plus tôt.

“T’es qui toi ?”

Le sourire furtif de Sean se fixa sur ses lèvres, se muant en un sourire cruel, disparaissant aussi vite que les précédents. Il ne répondit rien, fit craquer les articulations de ses mains et claqua des doigts. L’homme se rendit compte qu’il ne pourrait pas le battre seul lorsque l’eau se mua en glace et se dirigea droit vers lui à une vitesse étonnante.

Il tourna les talons et tenta de s’enfuir, perdant son couteau dans la foulée. Sean avisa l’éclat sur le pavé glissant, se concentra à peine dessus et le serpent s’en saisit afin de le lui apporter. Il fit tourner la dague entre ses doigts puis la projeta vers le fuyard qui s’effondra.

“Sean Gray, pour te servir.”

Le serpent se disloqua et s’aplatit sur le sol, coulant dans toutes les directions, provoquant un vacarme impressionnant qui n’aurait pas de mal à réveiller tous ceux qui dormaient à un kilomètre à la ronde – s’ils n’avaient pas déjà étés réveillés par la moto ou les cris…

Dans le prodigieux chaos qui s’ensuivit, Sean tourna les talons, sans un regard à la jeune fille qui tentait encore de reprendre son souffle, coupé cette fois par la nature du spectacle auquel elle avait assisté. Elle finit par détourner les yeux de l’eau qui ruisselait entre les pavés et du corps de l’homme autour duquel une mare rouge s’était formée pour reporter son attention sur son sauveur.

Le voyant presque partit, elle tenta de se lever mais s’effondra une nouvelle fois, les jambes coupées par ses émotions.

“Vous devriez attendre un peu avant d’essayer de vous relever. Vous allez bien ?”

Elle releva les yeux vers Sean qui s’était arrêté, lui tournant le dos, à la sortie de la rue. Elle hocha la tête avant de se rendre compte qu’il ne la voyait pas.

“Si vous allez bien, alors je peux m’en aller.”

Elle ouvrit de grands yeux. Comment avait-il pu voir que… ? Elle secoua la tête et trouva l’énergie qui lui était nécessaire pour se relever et le rejoignit en courant.

“Qui… Qui êtes-vous ?”

Il daigna se tourner vers elle et ses yeux vrillèrent les siens. Elle se demanda si elle n’allait pas retomber pour le coup, tellement son regard était troublant. Il hocha la tête et sortit de la ruelle.

Il s’apprêtait à enfiler son casque lorsqu’elle l’appela une nouvelle fois. Il interrompit son geste sans toutefois la regarder.

“Monsieur Gray… Je voudrais que mon prince charmant vous ressemble.”

Sean la regarda, surprit, vit qu’elle était sérieuse et sourit. Le sourire s’attarda quelques instants puis il enfila son casque et démarra.

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