Juillet

Pourquoi tu marches ?

Pour oublier.

Pour oublier quoi ?

Tout. Rien. Les regrets qui me bouffent, me tordent, me blessent, me crèvent et se cachent l’espace de quelques instants pour mieux ressurgir au moindre prétexte. Je marche vite pour tenter de les abandonner derrière, ces regrets qui me donnent envie de vomir, tellement ils débordent. Pour oublier cette sensation immonde, qui me brûle le ventre ou le reste, je sais même pas.

Je marche parce que c’est mieux que boire. Je marche parce que j’ai tellement envie de fumer, depuis quelques temps. Je marche parce que rien ne marche. Je marche en me défonçant les tympans avec de la musique trop forte. Je me flingue les oreilles pour oublier que les regrets m’écorchent vive.

J’ai envie de pleurer, de saigner et de vomir. Tout faire sortir pour n’être plus qu’une carcasse. Une putain de coquille vide. Est-ce que les gens qui me croisent s’en rendent compte ? Je suis juste au bord de la route. Une voiture qui arrive. Un pas sur le côté ?

Je marche. Je marche. Je marche. Pour ne pas penser que j’ai encore perdu. Que je me suis encore plantée. Je l’ai encore fait : j’ai pas saisi ma chance. Saisir les occasions, c’est pourtant pas si compliqué que ça, si ? Je suis une imbécile alors je marche pour oublier d’y penser.

Et si je me bourrais de chips et de coca jusqu’à devenir encore plus grosse et plus moche ? Au moins, y en aurait plus un seul pour m’approcher et je pourrais vomir quelque chose pour de bon. Un truc solide, tangible. Palpable ? Je m’écoeure.

Pourquoi tu marches ?

Pour fuir.

Pour fuir quoi ?

Les autres. Moi. Le passé. Tout. J’ai peur de leurs regards, de ce qu’ils me renvoient, d’être d’accord avec eux. Je me donne la nausée, c’est toujours pareil : je me fais avoir, naïve, j’engage tout et au final, je suis incapable de faire le pas qui me sépare de ce que je veux. Le premier se cabre, s’oppose, le second tente sa chance, les autres s’interposent. Ils croient mieux savoir. Ils ont peut-être raison sur ça aussi.

Il y a des odeurs qui me hantent. Des images. Du noir. Des caresses qui prennent des airs de coups, de griffures ou d’éraflures. Si douces que ça brûle. Si inaccessible que ça m’élance, partout, partout.

Et pourtant je les cherche encore dans le noir. Dans le vide ? Je marche les yeux grands ouverts sans rien voir. Je m’en fous. De tout. Je veux ses mains. Leurs mains. Leurs odeurs. Leur chaleur. Je cherche, je cherche et je ne trouve pas. Je me suis encore plantée, encore une occasion de ratée.

Mais c’est qu’il y aura mieux après, non ?

Mais ça je m’en fous ! C’est eux que je veux et personne d’autre ! Ou juste lui ? Oublier l’un avec l’autre. Oublier ce qu’on n’a pas fait avec le premier en ne faisant presque rien avec le second. Et au bout du compte, les regrets sont les mêmes parce que de toute façon, c’est manqué. Encore.

Ils me regardent, je m’approche, on s’accroche et puis plus rien. Bien essayé, game over and try again. La case départ sans les deux mille euros. C’est pas comme si j’aimais jouer au monopoly, de toute façon.

Je fais quoi, maintenant ? J’attends que ça passe ? Je ne veux pas y croire. Je veux me perdre, marcher encore et encore et faire comme si je n’existais pas. Je m’appuie contre un mur, me plie en deux. Pourtant rien ne vient, rien ne sort. J’ai envie de tout casser. C’est ma main que je casserais, à taper contre ces maudites briques. C’est comme le reste : ça ne sert à rien que je tape du poing sur la table, personne ne m’écoute. Encore moins eux. Je suis trop sentimentale ? One shot, je disais pourtant. Juste one shot, vous pourriez au moins me donner ça. M’abandonner ça. Oubliez-moi.

Tout ou rien. C’est mon problème, je crois. Soit c’est le grand amour, la vie à deux pour toujours, les cris, les pleurs, les scènes romanesques et l’amour éternel à la fin, destruction mutuelle, soit c’est rien. C’est un coup comme ça. Un soir. Une semaine, deux. Voire plus. Sans que ça ne veuille jamais rien dire. Eux c’était rien, non ? Et pourtant ce que je regrette… Un pas à faire. Un mot à prononcer.

Vous savez ce que ça fait de se retrouver prise au piège de son désir et d’être incapable de bouger, de dire quoi que ce soit pour que l’autre se rapproche ? Pour qu’il ne parte pas comme si c’était interdit, comme si c’était la dernière fois. Pour que le silence ne dise pas « adieu, j’aurais voulu » ? Quelques marches à descendre. Quelques marches de trop. Un silence amer, une porte qui claque. Le silence tout court.

« Ecoute, pour hier soir, je… »

Impossible. Cinq mots. Impassible. Et cette envie de vomir, de pleurer, de crier que « c’est pas juste » qui vous étreint et malgré ça c’est impossible. C’est trop loin. C’est trop. Est-ce que vous savez comment on peut se sentir, dans ces cas-là ? Sans doute.

Et après. Après cette envie permanente de dégueuler, de se planquer au fond de son lit sans parvenir à pleurer vraiment. Juste des regrets. Vagues, sourds, diffus. Présents. Et se rejouer les scènes vécues et les autres à l’infini. Chercher des possibilités. Des plans pour recommencer, pour dénicher une autre chance qu’on n’aura jamais. One shot. Et si c’est manqué tant pis. Tu peux crever et te débattre tant que tu veux, avoir l’impression que tu passes complètement à côté de ta vie, on s’en tape. T’as eu ta chance, tu l’as pas saisie, c’est de ta faute. Regrette. Regrette. Regrette. Regrette. Regrette. Regrette. Regrette jusqu’à en déborder. En pourrir de l’intérieur. Regrette jusqu’à vouloir t’arracher la peau, de toute façon tu ne remonteras pas le temps. Marche et crève. Et si tu ne marches pas, tu crèves quand même et c’est comme ça. Est-ce qu’on peut mourir de rien ?

Je marche. Je m’explose les tympans. J’ai envie de hurler, de courir, de faire des bonds, de me cabrer, de résister, d’exploser ce malaise, d’envoyer chier tout le monde et moi la première. Pourquoi c’est si dur, la vie ? Je voudrais réécrire ces instants.

Mon seul vrai regret aura été de ne pas avoir choisi un meilleur moment.

Mieux valent les remords que les regrets.

Et je ne sais pas si je pleure à cause du vent froid ou de mon cœur.

Mais le vent de juillet n’est jamais froid.

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3 réflexions sur “Juillet

  1. Pingback: Que vive le vent de l’hiver « Lili Thaw

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